Un poulpe posĂ© sur un rocher, une pieuvre qui se faufile dans une faille : deux images, deux mots, et pourtant un seul animal. La diffĂ©rence ne se cache pas dans le nombre de bras, la forme de la tĂȘte ou une prĂ©tendue taille gĂ©ante. Elle se trouve surtout dans notre maniĂšre de parler. En France, « poulpe » Ă©voque volontiers les Ă©tals de poissonnerie, les recettes mĂ©diterranĂ©ennes et le poulpe commun. « Pieuvre », lui, semble appartenir aux documentaires, aux plongĂ©es nocturnes et aux rĂ©cits de crĂ©atures mystĂ©rieuses. Biologiquement, ces deux termes dĂ©signent les mĂȘmes cĂ©phalopodes de lâordre des octopodes.
La confusion devient plus intĂ©ressante lorsquâon Ă©largit le regard aux calmars et aux seiches. Eux aussi manipulent des bras munis de ventouses, projettent de lâencre et changent parfois de couleur en une fraction de seconde. Pourtant, leur silhouette, leur façon de nager et leur rapport au fond marin racontent des vies trĂšs diffĂ©rentes. Pour les reconnaĂźtre, il suffit souvent de ralentir : observer les nageoires, compter les appendices et regarder si lâanimal se colle au relief ou fend lâeau libre.
En bref :
- Poulpe et pieuvre sont deux noms pour le mĂȘme type dâanimal : un octopode Ă huit bras.
- Le terme « poulpe » est fréquent dans le vocabulaire culinaire et méditerranéen, tandis que « pieuvre » domine dans de nombreux récits naturalistes.
- Le calamar et la seiche ont dix appendices : huit bras et deux tentacules spécialisés dans la capture.
- Les octopodes nâont ni coquille externe ni nageoires latĂ©rales permanentes ; ils privilĂ©gient les fonds rocheux, les cachettes et la souplesse.
- Observer ces animaux avec attention permet de dépasser les mythes sans leur retirer leur part de mystÚre.
Poulpe ou pieuvre : la différence est avant tout une affaire de mots
La rĂ©ponse la plus directe mĂ©rite dâĂȘtre posĂ©e clairement : un poulpe et une pieuvre ne sont pas deux animaux diffĂ©rents. Ces mots servent Ă dĂ©signer un mĂȘme groupe de mollusques marins, les octopodes. Ils possĂšdent huit bras couverts de ventouses, un corps souple appelĂ© manteau, un bec puissant dissimulĂ© au centre des bras et une capacitĂ© Ă©tonnante Ă se transformer visuellement selon le dĂ©cor.
Pourquoi alors cette impression de diffĂ©rence ? Parce que les mots transportent des images. « Poulpe » vient du latin polypus, lui-mĂȘme inspirĂ© dâun mot grec associĂ© Ă lâidĂ©e de « nombreux pieds ». Le terme est ancien et reste trĂšs vivant sur les littoraux mĂ©diterranĂ©ens. De la Camargue jusquâĂ la frontiĂšre italienne, il peut tout Ă fait dĂ©signer lâanimal observĂ© vivant dans lâeau, et pas seulement celui qui arrive dans lâassiette.
« Pieuvre » est un mot plus rĂ©cent dans lâusage français. Il sâest largement diffusĂ© au XIXe siĂšcle, notamment aprĂšs la publication des Travailleurs de la mer de Victor Hugo en 1866. LâĂ©crivain lui a donnĂ© une force dramatique considĂ©rable, au point dâancrer durablement lâimage dâune bĂȘte des profondeurs qui enlace et inquiĂšte. Cette image littĂ©raire est puissante, mais elle ne dĂ©crit pas fidĂšlement le comportement rĂ©el de lâanimal. Une pieuvre nâattend pas un plongeur pour lâattaquer : elle cherche surtout un abri, une proie Ă sa taille ou une sortie discrĂšte.
Pourquoi le langage crée une fausse opposition entre poulpe et pieuvre
Dans le langage courant, « poulpe » est souvent employĂ© en cuisine : poulpe grillĂ©, salade de poulpe, poulpe Ă la galicienne. « Pieuvre » semble plus naturelle lorsquâil est question dâun animal qui explore une Ă©pave, ouvre un bocal ou change de texture sur un rĂ©cif. Cette distinction est culturelle, pas zoologique. Dire « poulpe commun » ou « pieuvre commune » peut renvoyer Ă la mĂȘme espĂšce : Octopus vulgaris.
Quelques textes populaires entretiennent la confusion en attribuant au poulpe huit bras et Ă la pieuvre dix bras. Câest faux. Les deux mots dĂ©signant le mĂȘme animal, ils renvoient aux mĂȘmes huit bras. Les dix appendices appartiennent aux calmars et aux seiches : huit bras plus deux tentacules plus longs, souvent projetĂ©s pour saisir une proie. Ce dĂ©tail suffit Ă remettre de lâordre dans beaucoup de discussions au bord de lâeau ou devant un aquarium.
Pour imaginer la scĂšne, prenons LĂ©a, dix ans, devant un bassin marin. Elle repĂšre un animal brun qui Ă©pouse la couleur dâun bloc de roche. Le panneau indique « poulpe commun », tandis que son frĂšre sâexclame : « Câest une pieuvre ! » Les deux ont raison. Le plus utile est dâaller plus loin que le mot : huit bras, corps ramassĂ©, pas de grandes nageoires latĂ©rales, refuge au fond. VoilĂ les indices qui racontent vraiment lâanimal.
Les noms vernaculaires ne sont pas des erreurs : ils portent une histoire locale, culinaire et littĂ©raire. Ils deviennent trompeurs seulement lorsquâon les transforme en catĂ©gories scientifiques. Dans la classification biologique, lâobservation lâemporte sur lâimaginaire : poulpe et pieuvre sont des appellations diffĂ©rentes pour les mĂȘmes octopodes. La vraie diffĂ©rence ne se voit pas sous lâeau ; elle sâentend dans la langue.

ReconnaĂźtre une pieuvre ou un poulpe grĂące Ă son anatomie et Ă ses huit bras
Une fois la question des mots Ă©claircie, le regard peut se poser sur le corps de lâanimal. Un octopode est un mollusque cĂ©phalopode, ce qui signifie littĂ©ralement que ses « pieds » sont disposĂ©s autour de sa tĂȘte. Cette organisation paraĂźt Ă©trange Ă premiĂšre vue. Elle est pourtant remarquablement efficace : les bras servent Ă explorer, goĂ»ter, toucher, dĂ©placer des objets, capturer une proie et communiquer par la posture.
Les huit bras du poulpe ou de la pieuvre ne sont pas de simples tentacules interchangeables. Dans le vocabulaire zoologique, on parle bien de bras, car ils portent des ventouses sur une grande longueur. Un bras spĂ©cialisĂ©, lâhectocotyle, intervient chez le mĂąle lors de la reproduction. Le terme « tentacules » convient davantage aux deux longs appendices des calmars et des seiches, qui se terminent souvent par une massue garnie de ventouses.
Un corps souple, un bec discret et trois cĆurs
Le manteau forme une sorte de sac musculaire derriĂšre les yeux. Il abrite les organes internes et participe Ă la propulsion. En contractant cette partie du corps, lâanimal expulse brutalement de lâeau par un siphon orientable. Il peut ainsi partir en marche arriĂšre avec une vivacitĂ© surprenante. Ce nâest pas son mode de dĂ©placement le plus Ă©conomique, mais câest une excellente solution pour Ă©chapper Ă un danger ou quitter une cachette.
Au centre des bras se trouve un bec cornĂ©, comparable dans sa forme Ă celui dâun perroquet. Il permet de briser la carapace de petits crustacĂ©s ou de dĂ©couper une proie. Le menu varie avec les espĂšces et les lieux : crabes, coquillages, poissons, crevettes et parfois dâautres cĂ©phalopodes. La pieuvre commune des cĂŽtes atlantiques et mĂ©diterranĂ©ennes est une chasseuse opportuniste, souvent active au crĂ©puscule ou pendant la nuit.
Le systĂšme circulatoire ajoute une touche de singularitĂ©. Ces animaux possĂšdent trois cĆurs : deux acheminent le sang vers les branchies, tandis quâun troisiĂšme le distribue au reste du corps. Leur sang est bleuĂątre, car il utilise lâhĂ©mocyanine, une molĂ©cule Ă base de cuivre, pour transporter lâoxygĂšne. Cette couleur nâa rien de fantastique : elle reflĂšte une adaptation ancienne Ă la vie marine.
| Animal observé | Appendices visibles | Silhouette | Indice de terrain |
|---|---|---|---|
| Poulpe ou pieuvre | 8 bras | Corps souple et arrondi, sans grandes nageoires latérales | Se cache volontiers dans une faille ou sur un fond rocheux |
| Calamar | 8 bras et 2 longs tentacules | Corps fuselĂ©, proche dâune torpille | Nage active en eau libre, souvent en groupe |
| Seiche | 8 bras et 2 tentacules | Corps aplati avec une nageoire ondulant tout autour | Se pose ou glisse au-dessus des fonds sableux et vaseux |
Des ventouses qui touchent aussi le monde
Chaque ventouse est une petite surface de contact mobile. Elle adhĂšre, mais participe aussi Ă lâexploration chimique de lâenvironnement. En pratique, un octopode « goĂ»te » largement ce quâil manipule. Cette facultĂ© explique sa maniĂšre de fouiller les pierres, de retourner un coquillage ou dâinspecter avec patience une ouverture Ă©troite.
Son absence de squelette rigide lui offre une souplesse spectaculaire. Si son bec, partie dure du corps, peut franchir une ouverture, le reste suit souvent. Cela ne signifie pas quâil se faufile partout sans effort : lâĂ©tat du passage, le courant et le stress comptent aussi. Mais voir une pieuvre se compresser dans une anfractuositĂ© donne une idĂ©e trĂšs concrĂšte de lâavantage que reprĂ©sente un corps presque entiĂšrement musculaire.
Devant une vitre dâaquarium, lâattention se porte souvent sur les yeux, grands et mobiles. Pourtant, les bras racontent autant de choses : un animal dĂ©tendu les laisse explorer lentement ; un individu inquiet se tasse contre le substrat ou gagne rapidement une cachette. Pour reconnaĂźtre un octopode, compte dâabord les bras, puis observe le mode de dĂ©placement.
Pieuvre, calamar et seiche : les différences qui évitent de tout confondre
Les cĂ©phalopodes donnent parfois lâimpression dâappartenir Ă une mĂȘme silhouette mouvante : des bras, des yeux dĂ©veloppĂ©s, un nuage dâencre possible. Pourtant, une seiche ondulant au-dessus dâun fond sableux ne vit pas comme un calamar lancĂ© en pleine eau, et aucun des deux ne ressemble tout Ă fait Ă une pieuvre installĂ©e dans une cavitĂ© rocheuse. Les diffĂ©rencier nâest pas un exercice de spĂ©cialiste : quelques repĂšres visuels suffisent.
Le calamar est le nageur du groupe. Son corps allongĂ©, fuselĂ©, porte deux nageoires latĂ©rales vers lâarriĂšre. Il possĂšde huit bras courts et deux tentacules de chasse plus longs. Au repos, ceux-ci peuvent paraĂźtre discrets. Lorsquâune proie passe Ă portĂ©e, ils sont projetĂ©s trĂšs vite, puis ramenĂ©s vers le bec. Certaines espĂšces de calmars vivent en bancs et parcourent de longues distances ; leur forme est adaptĂ©e Ă la vitesse et Ă la vie pĂ©lagique, loin du fond.
La seiche offre une prĂ©sence plus lente, presque flottante. Son corps ovale et aplati est bordĂ© dâune nageoire qui ondule comme un ruban. Elle possĂšde elle aussi dix appendices, mais elle se distingue surtout par son os interne, appelĂ© os de seiche. Cette structure calcaire aide lâanimal Ă gĂ©rer sa flottabilitĂ©. On retrouve parfois ces os blanchis sur les plages ou dans les cages dâoiseaux, oĂč ils sont utilisĂ©s comme source de calcium.
Le camouflage nâappartient pas quâau poulpe
Le poulpe est cĂ©lĂšbre pour ses changements de couleur, mais la seiche est probablement lâune des artistes les plus saisissantes de ce monde marin. Sa peau contient des cellules pigmentaires et des structures qui modifient la lumiĂšre rĂ©flĂ©chie. En quelques instants, elle peut afficher des bandes, des marbrures, des contrastes ou des pulsations colorĂ©es. Ces signaux servent au camouflage, Ă la chasse et aux interactions entre individus.
Le calamar nâest pas en reste. Plusieurs espĂšces changent de motifs rapidement, et certaines vivant dans les grandes profondeurs produisent de la lumiĂšre grĂące Ă des organes bioluminescents. Dans lâobscuritĂ© de lâocĂ©an, cette lumiĂšre peut participer Ă la communication, Ă lâattraction de proies ou Ă la diversion face Ă un prĂ©dateur. Chaque espĂšce a ses solutions ; il serait rĂ©ducteur de voir dans lâencre ou la couleur un simple tour de magie.
Lâencre, justement, nâest pas toujours une « fumĂ©e » uniforme. Selon les espĂšces et les situations, elle forme un nuage, un filament ou une masse plus compacte qui dĂ©tourne briĂšvement lâattention. Lâanimal ne cherche pas Ă vaincre son prĂ©dateur : il crĂ©e une seconde dâhĂ©sitation, puis disparaĂźt. Cette logique de fuite est essentielle pour comprendre les cĂ©phalopodes. Leur corps nâest pas protĂ©gĂ© par une lourde coquille externe ; il privilĂ©gie la discrĂ©tion, la vitesse et la ruse.
Observer sans déranger sur le littoral
Dans une zone rocheuse mĂ©diterranĂ©enne, une pieuvre peut ĂȘtre repĂ©rĂ©e Ă un dĂ©tail : des coquilles de crabes ou de mollusques accumulĂ©es prĂšs dâune entrĂ©e. Il faut alors rĂ©sister Ă lâenvie de soulever la pierre ou dâintroduire une main dans la cachette. Lâanimal a besoin de ce refuge. Une bonne observation consiste Ă garder ses distances, Ă ne pas bloquer la sortie et Ă Ă©viter les Ă©clairages agressifs.
Sur une plage, une seiche Ă©chouĂ©e ou un os de seiche raconte une autre histoire : celle des fonds voisins, des courants et de la saison. Au large, un calamar aperçu depuis un bateau ne doit pas ĂȘtre identifiĂ© seulement grĂące Ă son nom de marchĂ©. Les « encornets » vendus en anneaux sont souvent des calmars, tandis que le poulpe se prĂ©sente gĂ©nĂ©ralement avec ses huit bras bien reconnaissables.
La prochaine fois quâun cĂ©phalopode apparaĂźt dans un documentaire, essaie ce petit jeu : huit bras et une vie prĂšs du fond, pense octopode ; dix appendices et une silhouette de flĂšche, pense calamar ou seiche ; corps aplati et nageoire continue, pense seiche. Le mouvement rĂ©vĂšle souvent davantage que le nom donnĂ© par lâĂ©tiquette.
Intelligence de la pieuvre et du poulpe : ce que montrent vraiment leurs comportements
Lâintelligence du poulpe fascine parce quâelle semble Ă©merger dâun corps trĂšs diffĂ©rent du nĂŽtre. Pas de squelette, une durĂ©e de vie souvent courte, un univers tactile et chimique oĂč chaque pierre peut devenir une porte ou un outil. Pourtant, il ne faut pas transformer lâanimal en petit humain Ă huit bras. Les observations scientifiques montrent des capacitĂ©s remarquables dâapprentissage et de rĂ©solution de problĂšmes, sans justifier tous les rĂ©cits sensationnalistes qui circulent en ligne.
Le systĂšme nerveux des octopodes est particuliĂšrement dĂ©veloppĂ© pour un invertĂ©brĂ©. Une grande partie de leurs neurones se trouve dans les bras. Cela ne veut pas dire que chaque bras « pense » comme un cerveau indĂ©pendant, mais que le contrĂŽle des mouvements et des informations sensorielles est largement distribuĂ©. Lorsquâune pieuvre explore un objet, son cerveau et ses bras travaillent ensemble dans une coordination fine.
Ouvrir, explorer, mémoriser : des capacités observées avec prudence
Dans des contextes contrĂŽlĂ©s, des octopodes ont appris Ă ouvrir des contenants pour atteindre une rĂ©compense alimentaire, Ă distinguer certaines formes ou Ă adopter une solution aprĂšs plusieurs essais. Des individus maintenus en aquarium ont parfois trouvĂ© des issues inattendues, notamment lorsque les conditions matĂ©rielles permettaient une Ă©vasion. Ces anecdotes doivent ĂȘtre lues avec mesure : elles ne prouvent pas un goĂ»t de la farce ou une volontĂ© de dĂ©fier les humains. Elles montrent une forte capacitĂ© dâexploration motivĂ©e par la nourriture, lâabri ou la recherche dâun environnement plus favorable.
Cette intelligence est liée à un mode de vie exigeant. Un prédateur souple, dépourvu de carapace et souvent solitaire, doit évaluer un relief complexe, manipuler des proies protégées et éviter de nombreux dangers. Un crabe enfermé dans une coquille, une fissure trop étroite, un poisson trop vif : chaque situation demande une réponse adaptée. Dans ce monde, la flexibilité comportementale est un avantage.
Le recours Ă des objets comme abris a Ă©tĂ© observĂ© chez certaines espĂšces. La pieuvre Ă noix de coco, par exemple, peut transporter des demi-coquilles pour sây protĂ©ger. Cela fait partie des cas les plus connus dâutilisation dâobjets chez les invertĂ©brĂ©s. Pour replacer ce comportement dans un cadre plus large, la dĂ©couverte des animaux qui utilisent des outils rappelle que lâingĂ©niositĂ© nâest pas rĂ©servĂ©e aux primates ou aux oiseaux. Chez chaque espĂšce, elle prend une forme façonnĂ©e par le milieu.
Le camouflage est un langage de peau
La peau dâune pieuvre ne fait pas que devenir beige, rougeĂątre ou sombre. Elle peut modifier ses reliefs grĂące Ă de petites structures musculaires, donnant lâillusion dâune algue, dâun caillou couvert dâaspĂ©ritĂ©s ou dâune surface granuleuse. Le changement est rapide, mais il nâest pas magique : il repose sur des cellules pigmentaires, les chromatophores, pilotĂ©es par le systĂšme nerveux.
Le camouflage ne signifie pas toujours « peur ». Il peut aider Ă approcher une proie, Ă©viter dâĂȘtre vu ou signaler un Ă©tat de vigilance. Une pieuvre qui pĂąlit, se plaque au sol et rentre ses bras nâexprime pas forcĂ©ment une Ă©motion que lâon pourrait nommer avec des mots humains ; elle adopte une stratĂ©gie adaptĂ©e Ă une situation. Cette nuance rend lâobservation plus riche. Au lieu de projeter une histoire toute faite, il devient possible de se demander : que perçoit-elle ? Quel relief utilise-t-elle ? OĂč se trouve la sortie ?
Dans les aquariums bien conçus, des cachettes, des objets manipulables et des amĂ©nagements variĂ©s sont essentiels pour permettre ces comportements naturels. Une visite attentive Ă lâAquarium de La Rochelle peut ainsi devenir lâoccasion de regarder au-delĂ de la vitre : repĂ©rer une posture, une texture de peau, la maniĂšre dont les bras sondent le dĂ©cor. Lâintelligence dâun poulpe se lit moins dans un exploit spectaculaire que dans mille dĂ©cisions discrĂštes.
Cycle de vie, habitats et protection des poulpes et des pieuvres
Le monde des octopodes ne se rĂ©duit pas au poulpe commun des cĂŽtes françaises. La pieuvre gĂ©ante du Pacifique, Enteroctopus dofleini, peut atteindre des dimensions impressionnantes, avec plusieurs mĂštres dâenvergure de bras chez les grands individus. Ă lâopposĂ©, les petits poulpes aux anneaux bleus du genre Hapalochlaena, prĂ©sents dans la rĂ©gion indo-pacifique et en Australie, tiennent dans une main mais possĂšdent un venin dangereux. La diversitĂ© des espĂšces rappelle que « pieuvre » nâest pas le nom dâune crĂ©ature unique : câest une porte dâentrĂ©e vers de nombreux modes de vie.
La pieuvre commune, Octopus vulgaris, frĂ©quente notamment lâAtlantique oriental et la MĂ©diterranĂ©e. Elle apprĂ©cie les fonds rocheux, les herbiers, les abris naturels ou parfois les objets immergĂ©s. Son domaine vital dĂ©pend des ressources et des conditions locales. Des coquilles brisĂ©es Ă lâentrĂ©e dâune cavitĂ© peuvent signaler un repas rĂ©cent, mais lâanimal reste gĂ©nĂ©ralement difficile Ă voir tant son camouflage est efficace.
Une reproduction unique et un investissement total
Chez les octopodes, la reproduction suit souvent une stratĂ©gie dite semelpare : lâanimal concentre lâessentiel de son Ă©nergie sur une seule pĂ©riode reproductive. Le mĂąle transfĂšre des spermatophores Ă la femelle Ă lâaide dâun bras spĂ©cialisĂ©. AprĂšs lâaccouplement, son Ă©tat se dĂ©grade gĂ©nĂ©ralement rapidement. La femelle cherche ensuite un site protĂ©gĂ©, souvent une cavitĂ©, oĂč elle fixe ses Ćufs en grappes.
La garde de la ponte est lâun des moments les plus frappants Ă observer, mĂȘme Ă travers des images documentaires. La femelle nettoie les Ćufs, les ventile par le courant créé avec son siphon et Ă©loigne les intrus. Chez de nombreuses espĂšces, elle cesse ou rĂ©duit fortement son alimentation durant cette pĂ©riode. AprĂšs lâĂ©closion, elle meurt frĂ©quemment, Ă©puisĂ©e par cet immense investissement.
Les jeunes, appelĂ©s paralarves Ă leur sortie des Ćufs, commencent une vie indĂ©pendante. Ils dĂ©rivent dâabord dans la colonne dâeau avant que les survivants nâatteignent des habitats adaptĂ©s. La mortalitĂ© est trĂšs Ă©levĂ©e, comme chez de nombreuses espĂšces marines qui produisent beaucoup de descendants. Cette fragilitĂ© initiale, combinĂ©e Ă une durĂ©e de vie souvent comprise entre un et trois ans chez de petits octopodes, explique la dynamique rapide de leurs populations.
Une curiosité responsable face à la faune marine
Les poulpes sont pĂȘchĂ©s et consommĂ©s dans de nombreuses rĂ©gions. Comme pour tout produit marin, la question nâest pas seulement de savoir si lâespĂšce est apprĂ©ciĂ©e, mais de comprendre lâorigine de la pĂȘche, les rĂšgles appliquĂ©es et lâĂ©tat des populations locales. Les tailles minimales, les pĂ©riodes de repos biologique et le respect des habitats cĂŽtiers jouent un rĂŽle concret. Les fonds rocheux, les herbiers et les zones de nurserie ne sont pas de simples paysages : ils abritent les proies, les refuges et les premiers stades de vie de nombreux animaux.
Lors dâune plongĂ©e, dâune sortie en palmes-masque-tuba ou dâune visite de bassin marin, une rĂšgle simple suffit : regarder sans forcer la rencontre. Ne jamais saisir un poulpe, ne pas le sortir de lâeau, ne pas dĂ©placer sa cachette et Ă©viter de le poursuivre pour obtenir une photo. Lâencre, la fuite ou le changement brutal de couleur ne sont pas des animations offertes au visiteur ; ce sont des rĂ©ponses Ă un stress ou Ă un danger perçu.
La fascination gagne en profondeur quand elle laisse de la place Ă lâanimal. Un bras qui dĂ©passe dâune faille, une pupille horizontale qui observe, une texture qui Ă©pouse le rocher : ces indices suffisent Ă rendre une rencontre mĂ©morable. Entre poulpe et pieuvre, le mot varie ; lâinvitation reste la mĂȘme : prendre le temps de regarder le vivant avec respect.
Le poulpe et la pieuvre ont-ils le mĂȘme nombre de bras ?
Oui. Poulpe et pieuvre dĂ©signent le mĂȘme type dâanimal, un octopode dotĂ© de huit bras munis de ventouses. Les dix appendices concernent les calmars et les seiches.
Pourquoi appelle-t-on parfois le poulpe une pieuvre ?
Il sâagit dâune diffĂ©rence dâusage linguistique et culturel, non dâune distinction biologique. Le mot poulpe est frĂ©quent en cuisine et dans certaines rĂ©gions mĂ©diterranĂ©ennes ; pieuvre est courant dans les rĂ©cits naturalistes.
Quelle différence visuelle entre une pieuvre et un calamar ?
La pieuvre possÚde huit bras et un corps souple adapté aux fonds. Le calamar a huit bras plus deux longs tentacules, un corps allongé et des nageoires latérales qui facilitent la nage en eau libre.
Les poulpes sont-ils vraiment intelligents ?
Ils montrent des capacitĂ©s dâexploration, dâapprentissage, de manipulation et de rĂ©solution de problĂšmes remarquables pour des invertĂ©brĂ©s. Ces comportements doivent toutefois ĂȘtre observĂ©s sans leur attribuer automatiquement des intentions humaines.


